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instantanés de chaosmoses

27. Détail / Point de Vue [ voir les photos ]

Le dispositif que je propose questionne le point de vue par différents biais. Il s'agira d'une part du point de vue comme relation du spectateur au dispositif, et d'autre part, du point de vue comme instance de vision. Le détail quant à lui, est abordé comme embrayeur de point de vue, en ce qu'il permet de révéler sans cesse un nouveau point de vue ou encore un autre sens à l'oeuvre.

L'ensemble est une captation, un instant arrêté d'un processus d'apparition et de disparition de formes. Celles-ci naissent et disparaissent dans une sorte de continuum, d'expansion sur un plan jeté sur le chaos, un rhizome traversant l'espace, qui relèverai du all-over de Mondrian. Cependant en tant qu'acentré, non hiérarchique ce plan relèverait davantage de ce que Deleuze et Guattari nomment le lisse, qui serait du côté de l'entrelac, du parcours et de trajets, plutôt que du rectiligne, de l'entrecroisement géométrique, de l'homogène qui relève du strié.

Pour autant, cette question du all-over, ne nous place pas du côté de la série, mais découvre des fragments, des territoires relevant de points de vue plus ou moins éloignés, qui jouent sur la distance de l'instance de vision, qui relèvent du point de vue cartographique.

La question du fragment est jouée de deux façons : territorialisation, soit apparition d'une forme dans l'entrelac, et déterritorialisation par les trajectoires tracées, les lignes de fuites du plan créant de nouvelles formes par delà les premières. Projections qui seraient des points de vue sans observateur, des instances de projections.

Ce jeu entre le point de vue cartographique et le détail, le fragment, nous est livré par le dispositif qui semble extrait, sorti des murs, nous livre tout le jeu entre le point de vue cartographique et le détail, le fragment. Il y a de cette volonté de diminuer la distance entre l'art, la peinture et le monde réel, dans le fait de jouer cette extraction du mur par ce matériau typique de nos cloisons contemporaines. Ce matériau d'une certaine beauté, permet de travailler des découpes fines, ouvragées, le contraste entre tranche et surface, les bords, les limites. Sa surface cartonnée peut être travaillée graphiquement, indiquer une trace, des trajectoires. L'arrangement décalé par rapport au mur, ou perpendiculaire au mur, dans un mouvement de translation, de basculement vise à montrer le lien entre ce lacis que je tisse, le monde et les formes qui apparaissent. Un rapport métonymique entre le tableau et le mur. Le dispositif invite au déplacement du spectateur qui multiplie les points de vue jouant sur les distances.

Ainsi par ses formes et ses contreformes, le jeu sur le champ et le hors champ, ce dispositif nous invite à une perception optique, des découpes, des bords, des limites, des plans, mais aussi elles nous invitent à ce que Riegl nomme le haptique, soit ce qui relève d'un point de vue rapproché du spectateur, qui relève du toucher, c'est la surface qui nous regarde en quelque sorte.

Ces éléments, en tant que fragment du tout, fonctionnent comme des synecdoques. Cependant à l'instar des fractales de Mandelbrodt, il est toujours possible d'aller plus avant dans la recherche du détail. A contrario, ce n'est pas l'identique qui se joue ici, puisque résultants d'un algorithme stochastique, à la fois déterministe et aléatoire donc, sans cesse, des formes différentes apparaissent. Nous ne sommes pas du côté du même, mais du multiple.


Pour autant, il reste possible de reconnaître des éléments tels des lignes, des courbes, des trajectoires, qui fondent ainsi une sorte de système sémiotique, une syntaxe rudimentaire.
Ce processus d'apparition de formes relève d'un art de la représentation non figuratif, il s'agit de points de vue sur le monde, ce par quoi se fait le lien avec les paysages abstraits de Sylvie Blocher.
Je parle de représentation car il s'agit aussi d'imiter la nature dans ces processus comme le préconisait Aristote. Les processus ici relèvent davantage du conceptuel, mais sont en étroite corrélation avec la manière dont l'ordre apparaît à partir du chaos, telle qu'elle est décrite par Prigogine et Stengers dans La nouvelle alliance.

Cette volonté d'utiliser l'aléatoire, m'est inspirée par le travail de John Cage. Elle résulte d'un désir de voir apparaître des formes inattendues. La contrainte imposée par les règles du jeu que je me fixe, me permettant finalement plus de liberté. Je voudrai aussi citer l'influence du Finnegans Wake de Joyce pour lequel il parle de chaosmos.

Enfin, le dispositif tel qu'il est présenté dans le hall, est aussi le moyen d'ouvrir l'oeuvre sur une nouvelle dimension projetée par la lumière naturelle, qui redessine de nouvelles formes dans de nouvelles projections, de nouvelles déterritorialisations, rejouant celles qui se font dans le processus même.

Phénomène que l'on retrouve également dans ce morcellement de forme, cette fragmentation du puzzle qui renvoie à nouveau un détail vers l'infini. Un monde à la fois trop grand et trop petit qui questionne les relations du détail et du point de vue par le biais de la distance.

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