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Le dispositif que je propose questionne le point de vue par différents
biais. Il s'agira d'une part du point de vue comme relation du spectateur
au dispositif, et d'autre part, du point de vue comme instance de
vision. Le détail quant à lui, est abordé comme
embrayeur de point de vue, en ce qu'il permet de révéler
sans cesse un nouveau point de vue ou encore un autre sens à
l'oeuvre.
L'ensemble est une captation, un instant arrêté d'un
processus d'apparition et de disparition de formes. Celles-ci naissent
et disparaissent dans une sorte de continuum, d'expansion sur un
plan jeté sur le chaos, un rhizome traversant l'espace, qui
relèverai du all-over de Mondrian. Cependant en tant qu'acentré,
non hiérarchique ce plan relèverait davantage de ce
que Deleuze et Guattari nomment le lisse, qui serait du côté
de l'entrelac, du parcours et de trajets, plutôt que du rectiligne,
de l'entrecroisement géométrique, de l'homogène
qui relève du strié.
Pour autant, cette question du all-over, ne nous place pas du côté
de la série, mais découvre des fragments, des territoires
relevant de points de vue plus ou moins éloignés,
qui jouent sur la distance de l'instance de vision, qui relèvent
du point de vue cartographique.
La question du fragment est jouée de deux façons :
territorialisation, soit apparition d'une forme dans l'entrelac,
et déterritorialisation par les trajectoires tracées,
les lignes de fuites du plan créant de nouvelles formes par
delà les premières. Projections qui seraient des points
de vue sans observateur, des instances de projections.
Ce jeu entre le point de vue cartographique et le détail,
le fragment, nous est livré par le dispositif qui semble
extrait, sorti des murs, nous livre tout le jeu entre le point de
vue cartographique et le détail, le fragment. Il y a de cette
volonté de diminuer la distance entre l'art, la peinture
et le monde réel, dans le fait de jouer cette extraction
du mur par ce matériau typique de nos cloisons contemporaines.
Ce matériau d'une certaine beauté, permet de travailler
des découpes fines, ouvragées, le contraste entre
tranche et surface, les bords, les limites. Sa surface cartonnée
peut être travaillée graphiquement, indiquer une trace,
des trajectoires. L'arrangement décalé par rapport
au mur, ou perpendiculaire au mur, dans un mouvement de translation,
de basculement vise à montrer le lien entre ce lacis que
je tisse, le monde et les formes qui apparaissent. Un rapport métonymique
entre le tableau et le mur. Le dispositif invite au déplacement
du spectateur qui multiplie les points de vue jouant sur les distances.
Ainsi par ses formes et ses contreformes, le jeu sur le champ et
le hors champ, ce dispositif nous invite à une perception
optique, des découpes, des bords, des limites, des plans,
mais aussi elles nous invitent à ce que Riegl nomme le haptique,
soit ce qui relève d'un point de vue rapproché du
spectateur, qui relève du toucher, c'est la surface qui nous
regarde en quelque sorte.
Ces éléments, en tant que fragment du tout, fonctionnent
comme des synecdoques. Cependant à l'instar des fractales
de Mandelbrodt, il est toujours possible d'aller plus avant dans
la recherche du détail. A contrario, ce n'est pas l'identique
qui se joue ici, puisque résultants d'un algorithme stochastique,
à la fois déterministe et aléatoire donc, sans
cesse, des formes différentes apparaissent. Nous ne sommes
pas du côté du même, mais du multiple.
Pour autant, il reste possible de reconnaître des éléments
tels des lignes, des courbes, des trajectoires, qui fondent ainsi
une sorte de système sémiotique, une syntaxe rudimentaire.
Ce processus d'apparition de formes relève d'un art de la
représentation non figuratif, il s'agit de points de vue
sur le monde, ce par quoi se fait le lien avec les paysages abstraits
de Sylvie Blocher.
Je parle de représentation car il s'agit aussi d'imiter la
nature dans ces processus comme le préconisait Aristote.
Les processus ici relèvent davantage du conceptuel, mais
sont en étroite corrélation avec la manière
dont l'ordre apparaît à partir du chaos, telle qu'elle
est décrite par Prigogine et Stengers dans La nouvelle alliance.
Cette volonté d'utiliser l'aléatoire, m'est inspirée
par le travail de John Cage. Elle résulte d'un désir
de voir apparaître des formes inattendues. La contrainte imposée
par les règles du jeu que je me fixe, me permettant finalement
plus de liberté. Je voudrai aussi citer l'influence du Finnegans
Wake de Joyce pour lequel il parle de chaosmos.
Enfin, le dispositif tel qu'il est présenté dans le
hall, est aussi le moyen d'ouvrir l'oeuvre sur une nouvelle dimension
projetée par la lumière naturelle, qui redessine de
nouvelles formes dans de nouvelles projections, de nouvelles déterritorialisations,
rejouant celles qui se font dans le processus même.
Phénomène que l'on retrouve également dans
ce morcellement de forme, cette fragmentation du puzzle qui renvoie
à nouveau un détail vers l'infini. Un monde à
la fois trop grand et trop petit qui questionne les relations du
détail et du point de vue par le biais de la distance.
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